Décret BACS : Obligations, Échéances et Conformités

Par
Mario Bachelot
July 2, 2026
4
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Qu'est ce que le Décret Bacs ?

Le Décret BACS (Building Automation & Control Systems) impose, dans certains bâtiments tertiaires, l’installation d’un système d’automatisation et de contrôle. Ce système doit superviser, mesurer et optimiser les systèmes techniques (Chauffage, ventilation, climatisation, éclairage, ...) afin de réduire les consommations d'énergie et améliorer l'efficacité énergétique du bâtiment.

La France s'est engagée sur des objectifs de réduction énergétique pour son parc immobilier. Le Décret Tertiaire fixe un objectif clair.

-40 % d’ici 2030.

-50 % d’ici 2040.

-60 % d’ici 2050.

Cela concerne tout bâtiment de plus de 1 000 m².

Le rôle du décret Tertiaire est de fixer les objectifs. Le décret BACS lui, donne les moyens techniques de les atteindre en rendant obligatoire l'installation d'un système de contrôle des équipements. Sans cet outil, les objectifs du Décret Tertiaire sont difficilement atteignables.

Les deux textes sont donc indissociables, l'un fixe les objectifs, l'autre impose le moyen pour y arriver.

Qui est concerné par le Décret BACS ?

Le Décret BACS concerne les bâtiments tertiaires équipés de systèmes de chauffage, de climatisation ou de ventilation dont la puissance dépasse 70 kW (ou 290 kW selon l'échéance applicable à votre bâtiment). On ne cumule pas la puissance du chaud avec celle du froid. Ce sont deux compteurs séparés, et il suffit que l'un des deux dépasse le seuil pour que votre bâtiment ne soit plus conforme.

Exemple concret : votre hôtel dispose d'une chaudière de 50 kW pour le chauffage des chambres et d'un groupe froid de 45 kW pour la climatisation du restaurant. Sur le papier, ça fait 95 kW vous êtes largement au-dessus des 70 kW. En réalité, non. On regarde le chaud (50 kW) et le froid (45 kW) chacun de leur côté, et aucun des deux ne dépasse le seuil.

  1. Petite exception à connaître : les pompes à chaleur réversibles (celles qui font chaud ET froid) ne suivent pas cette logique de séparation stricte. Pour elles, on retient la puissance la plus élevée entre le mode chaud et le mode froid, pas la somme.
  2. Second piège : les puissances ne se cumulent que si les équipements sont reliés au même réseau hydraulique. Trois chaudières murales autonomes de 25 kW chacune, non raccordées entre elles permettent au bâtiment de rester sous le seuil. Si en revanche ces trois mêmes chaudières alimentent un seul réseau de chauffage commun, là vous cumulez bel et bien, et vous passez à 75 kW de puissance nominal.

Quelles sont les obligations ?

Le décret est précis sur ce que doit savoir faire un système BACS. Concrètement, il doit remplir 5 fonctions :

  • Suivre et analyser : enregistrer les données de production et de consommations d'énergie afin d'identifier les dérives et d'optimiser les performances énergétiques du bâtiment.
  • Se situer par rapport à une référence : comparer la performance du bâtiment par rapport à des valeurs de référence.
  • Détecter les dérives : repérer une perte d'efficacité ou une dérive sur un équipement et alerter l'exploitant.
  • Être interopérable : être capable de communiquer avec les différents systèmes techniques du bâtiment, quel que soit le protocole ou le fabricant.
  • Permettre un pilotage manuel : offrir la possibilité d'un arrêt manuel et d'une gestion autonome des équipements reliés au BACS.

Ces fonctions s'appliquent à l'ensemble des systèmes techniques du bâtiment : chauffage, climatisation, ventilation, production d'eau chaude sanitaire, éclairage intégré, production d'électricité sur site, ou tout système qui combine plusieurs de ces usages.

Schéma expliquant les points principaux du décret BACS

Les classes de GTB

La gestion technique du bâtiment (GTB) est au cœur du Décret BACS. La norme NF EN ISO 52120-1 classe les systèmes de GTB en quatre niveaux de performance énergétique, de D (non automatisé) à A (haute performance), selon les performances de régulation mises en œuvre pour chaque usage (chauffage, éclairage, ventilation...).

Attention cependant à ne pas confondre deux choses : la classe ISO 52120-1 mesure une performance technique par usage, tandis que la conformité au Décret BACS se vérifie par rapport aux fonctions exigées par le texte réglementaire (suivi, comparaison à une référence, détection des dérives, interopérabilité, pilotage manuel). Ce ne sont pas deux textes strictement superposables.

Concrètement, ça veut dire deux choses :

  • Une GTB qui atteint une "bonne" classe sur le papier peut, sur le terrain, manquer d'une des 5 fonctions exigées (par exemple, l'interopérabilité avec un équipement spécifique) et donc ne pas être conforme malgré une classe qui paraît satisfaisante.
  • Inversement, une GTB peut remplir les 5 fonctions du décret sur les systèmes présents dans le bâtiment, sans pour autant valider tous les critères de la classe la plus exigeante, parce que la norme ISO demande des prérequis qui ne sont pas forcément couverts (gestion fine de l'éclairage, des stores, optimisation prédictive...) si ces usages-là sont hors périmètre du décret pour votre bâtiment.

Le choix de la classe impacte aussi directement l'éligibilité aux aides financières : seules les classes A et B ouvrent droit aux primes CEE via la fiche BAT-TH-116, ce qui peut représenter un levier de financement significatif pour votre projet.

Schéma explicatif des différentes classes de GTB

Comment se mettre en conformité ?

Même si elle ne représente pas un chantier lourd, la mise en conformité BACS ne s'improvise pas. Voici les étapes clés pour se conformer au décret.

  1. Un audit technique préalable permet d'identifier les équipements en place, les protocoles de communication disponibles (BACnet, Modbus, KNX) et les lacunes à combler.
  2. Le choix de la solution doit être guidé par la classe BACS visée, la compatibilité avec l'existant et la capacité de la plateforme à évoluer dans le temps.
  3. Le déploiement d'une GTB SaaS cloud nouvelle génération permet de limiter les travaux en réutilisant les équipements existants lorsque ceux-ci sont communicants.

Quels risques en cas de non-conformité ?

Le Décret BACS s'inscrit dans le cadre légal du Code de la construction et de l'habitation. Les exploitants qui ne respectent pas les échéances s'exposent à des sanctions, mais surtout à un risque croissant lors des transactions immobilières et des audits énergétiques.

Au-delà du risque réglementaire, la performance énergétique est aussi devenue un critère de valorisation des actifs tertiaires. Un bâtiment qui consomme avec des factures énergétiques importantes décourage les investisseurs et peut impacter la valeur d’un bien immobilier.

La mise en conformité avec le Décret BACS ne répond donc pas uniquement à une obligation légale : elle participe également à la modernisation du bâtiment, à l'amélioration de son exploitation et à sa valorisation à long terme.

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