Et si piloter valait mieux que rénover ? Podcast "Concret"

Jusqu'à 38 % d'économies d'énergie sans travaux : ce que révèle le podcast Concret
Et si le moyen le plus rapide de réduire la facture énergétique d'un bâtiment n'était pas de le rénover, mais de mieux le piloter ?
C'est la conviction défendue par Jean-Romain Bardet, CEO et cofondateur de SCORP-IO, invité du podcast Concret. En 30 minutes, il retrace son parcours, explique pourquoi la gestion technique du bâtiment (GTB) est restée si longtemps sous-exploitée, et montre ce que le pilotage énergétique des bâtiments a changé pour une collectivité comme Melun.
- Jusqu'à 38 % d'économies, mesurées sur la salle de spectacle l'Astral, sans travaux
- 900 000 € d'économies la première année sur les 53 bâtiments de Melun
- 1 jour d'intervention par site pour installer une box
Une GTB pensée par ceux qui l’installaient
Jean-Romain Bardet n'est pas arrivé à la GTB par le logiciel, mais par le terrain. Ingénieur en électronique et électrotechnique formé à Amiens, il débute comme automaticien sur des machines de production industrielle.
Il passe ensuite une dizaine d'années chez Vinci Énergies, à livrer des solutions clés en main pour les machines qui produisent le chaud et le froid dans les bâtiments. Deux ans dans une filiale de Schneider Electric, à distribuer des logiciels pour le tertiaire et l'industrie, achèvent de le convaincre.
Le constat est partagé avec ses deux associés : les systèmes de GTB traditionnels existants sont complexes, vieillissants, et posent de grosses difficultés aux occupants, à ceux qui déploient les solutions et à ceux qui les maintiennent.
Ces outils sont installés localement, dans le bâtiment, et sont conçus par et pour des ingénieurs, donc souvent complexes à utiliser et avec un usage au final très limité.
D'où une ambition très simple :
« On voulait créer la solution qu'on aurait rêvé d'intégrer, de vendre et de déployer. » Jean-Romain Bardet, podcast Concret
Les quatre verrous que SCORP-IO fait sauter
1. La connectivité : parler à tous les équipements
Un bâtiment tertiaire rassemble des chaudières, des groupes froids, des centrales de traitement d'air ou de l'éclairage, de marques et d'âges différents. Chacun vit sa vie, souvent pilotée individuellement.
SCORP-IO a développé des drivers de communication qui se connectent en filaire ou à distance aux équipements, permettant de récupérer et de centraliser la donnée et le pilotage des équipements
2. La personnalisation : chaque bâtiment est unique
C'est, selon lui, la vraie barrière du marché tertiaire : aucun bâtiment ne ressemble à un autre. Plutôt que de tout redévelopper à chaque projet, SCORP-IO s'appuie sur une bibliothèque d'équipements prêts à l'emploi. Un modèle déjà intégré se réutilise partout où il est présent.
C'est cette approche qui permet un déploiement en seulement quelques jours, bien plus rapide qu'une GTB historique.
3. L'usage : la GTB dans la poche
Historiquement, la GTB est installée localement, dans le bâtiment, et réservée aux ingénieurs. Or ceux qui exploitent les bâtiments n'y sont pas. L'agent technique d'une mairie qui gère une école, un gymnase et un centre sportif devait se déplacer pour chaque réglage.
Avec une application dans le cloud, il pilote et surveille tout à distance, depuis son ordinateur, sa tablette ou son téléphone. « Ça paraît évident en 2026 », reconnaît Jean-Romain Bardet, mais la plupart des bâtiments fonctionnent encore avec un système local inaccessible.
4. Les économies, sans sacrifier le confort
Le quatrième pilier est la finalité : réduire la consommation sans que les occupants le paient en confort. Jean-Romain Bardet le reconnaît volontiers, le projet était au départ un défi d'ingénieurs. C'est l'impact mesuré sur les bâtiments, et donc sur la planète, qui est devenu plus tard, le moteur de l'équipe.
Concrètement, qu’est-ce que cela change pour une ville et ses équipes ? Le projet de la ville de Melun l’illustre bien.
Melun : 53 bâtiments pilotés par une dizaine de personnes
La Ville de Melun, environ 50 000 habitants, a confié à SCORP-IO le pilotage de 53 bâtiments : hôtel de ville, groupes scolaires, crèches, salles polyvalentes.
Le déploiement suit une règle simple : une box pour environ 3 000 m², posée au niveau des équipements de production et d'émission. Selon Jean-Romain Bardet, ce sont eux qui consomment l'essentiel de l'énergie d'un bâtiment tertiaire. Une crèche de 1 000 m² se contente d'une box en chaufferie, quand un grand équipement en reçoit plusieurs. Au total, environ 70 box, à raison d'une journée d'intervention par site.
Un des problèmes rencontrés, c'est le nombre d'utilisateurs. Le responsable fluides, la personne en charge des crèches, l'exploitant chauffage et le DGS disposent chacun de leur interface : une dizaine de personnes utilisent l'outil au quotidien.
Mais avec autant de profil qui utilisent l'outil, le risque de confusion est réel. Pour répondre à cette problématique, la solution tient en un mot : l'automatisation. L'essentiel du pilotage ne repose pas sur des actions manuelles, mais sur des règles automatiques programmées une fois, puis affinées avec les retours des clients et des occupants. Les humains interviennent pour les exceptions, pas au quotidien. Un exemple de ça est la gestion centralisée des calendriers d’occupation, qui adapte automatiquement le fonctionnement des équipements selon l'occupation du bâtiment, en se synchronisant sur le calendrier.
Prenons l'exemple d'un gymnase. Une règle le fait passer en température réduite le vendredi à 22 h, puis le remet en chauffe le lundi à 6 h pour que la salle soit à bonne température à l'arrivée des élèves. Personne n'a besoin d'y penser, et personne ne chauffe une salle vide pendant le week-end.
Le résultat le plus spectaculaire est la salle de spectacle l'Astral : 38 % d'économies d'énergie, sans changement de chaudière ni isolation, uniquement par le pilotage. À l'échelle de la ville, le déploiement a généré 900 000 € d'économies dès la première année, financé grâce aux certificats d'économies d'énergie.
Rénover ou piloter : l'ordre compte
La rénovation énergétique reste indispensable. Mais elle coûte cher et se rentabilise sur de longues années. Le pilotage, lui, produit des économies en quelques mois, sans toucher au bâti.
Ce constat ne vient pas seulement des éditeurs de GTB. Une étude du CSTB estime que le pilotage des équipements peut réduire la consommation jusqu'à 30 % sans perte de confort thermique. L'étude porte sur le logement, mais l'ordre de grandeur rejoint ce que l'on observe dans le tertiaire.
Pour Jean-Romain Bardet, mieux piloter son bâtiment est tout simplement vital. Des équipements qui tournent quand personne n'est là, c'est de l'énergie payée pour rien. La clé, résume-t-il, c'est que les équipements ne consomment pas aux moments où ils ne servent à rien.
Le bon ordre pour une collectivité sous contrainte budgétaire est donc clair : piloter d'abord pour dégager des économies rapides, puis rénover avec une vision précise de ce que consomme chaque bâtiment. C'est aussi ce que permet la mesure de la performance énergétique.
En résumé
- Une GTB moderne lève quatre verrous : connecter des équipements hétérogènes, s'adapter à chaque bâtiment, être utilisable à distance et produire des économies sans dégrader le confort.
- La plupart des bâtiments tertiaires ont déjà des équipements communicants : il suffit de les connecter, sans les remplacer.
- Le pilotage seul permet jusqu'à 38 % d'économies, sans travaux lourds.
- Piloter avant de rénover permet de dégager des économies rapides et de mieux cibler les investissements lourds.
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